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Colloque, troisième table ronde
Modérateur
Stéphane FIEVET, metteur en scène
Intervenants
Henri AUDIER, chercheur
Hervé BOUTRY, administrateur général d'orchestre
Anne-Marie LIZIN, sénatrice (Belgique, PS)
Anne-Marie THIESSE, sociologue
Hubert VEDRINE, ancien ministre
ARGUMENT

Raisonnement donnant une preuve appuyant ou allant contre une proposition
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L'argument public
Stéphane Fiévet, Hubert Védrine, Anne-Marie Lizin
Anne-Marie Thiesse
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Parmi les causes du rejet en 2005, par référendum, du projet de traité constitutionnel européen, figurent selon beaucoup d'analyses, - et par-delà l'importance des inquiétudes sociales et économiques qui se sont alors exprimées - la question du "rôle de la France en Europe" et la persistance de l'attachement à l'identité nationale.
Pourtant, la France a été l'un des pays fondateurs de la construction européenne, elle en a été, avec l'Allemagne, le moteur et le fer de lance, et elle en reste un acteur majeur. Mais n'y avait-il pas un non dit ? Notre pays n'entendait-il pas, implicitement, que l'Europe devienne une "Grande France", que celle-ci soit la prolongation et le relais de l'influence française, que "le modèle français" se perpétue et s'épanouisse au niveau du continent ? Aujourd'hui, l'espérance européenne tend à se concrétiser sous une forme méconnaissable par rapport à cette ambition initiale, au fur et à mesure de l'élargissement progressif de l'Union Européenne, ainsi que du développement d'une intégration européenne qui paraît surtout soucieuse de concurrence libre et non faussée, forte d'une logique communautaire que nos concitoyens, comme ceux d'autres pays, perçoivent souvent comme attentatoire aux spécificités nationales.
  
Table ronde N° 3 - 14h30 à 16h00
La France, l'Europe et le monde.
L'horizon européen au miroir de l'identité nationale :
substitut ou menace ?
Cette évolution s'effectue dans le contexte de la mondialisation libérale, sous le leadership des Etats-Unis, sur fond de délocalisations et de remise en cause des acquis sociaux. La France, "patrie des droits de l'homme et de la révolution", se veut universelle, mais se trouve mal à l'aise dans la globalisation qui se façonne sous ses yeux, celle des grandes entreprises multinationales, des avancées technologiques et de la menace de normalisation culturelle. L'Occident en outre, en ce début de nouveau millénaire, n'a plus le monopole de l'histoire.
La crainte surgit alors : faire l'Europe, ne serait-ce pas défaire peu à peu la France ? L'Union Européenne serait-elle à présent vécue, non plus sur le mode projectif, mais comme un écran entre les gouvernants et les gouvernés ?
Le projet européen a visé à désamorcer les nationalismes, et pourtant, dans maints pays, le désir d'appartenance et d'identité - nationale, régionale, locale... - se renforce ou surgit à présent, tant il est vrai qu'une double aspiration se fait jour, l'aspiration à l'unité et l'aspiration à la diversité. L'Europe en outre n'a pas, ou pas encore, produit d'identité européenne, d'autant plus qu'elle est elle- même en panne de devenir.
De nombreuses questions surgissent alors. Le modèle français est-il inéluctablement voué au délitement ou peut-il se renouveler, en s'adaptant ? La France a-t-elle encore "un message" spécifique à adresser au monde ? Peut-on aussi, en lien avec nos partenaires, construire un modèle européen, distinct du modèle américain ? Qu'est-ce que l'internationalisme aujourd'hui, alors que la mondialisation, perçue davantage comme une agression que comme une chance à saisir, peut inciter au repli sur soi ?
Henri Audier, Hervé Boutry