Cette évolution s'effectue dans le contexte de la mondialisation libérale, sous le leadership des Etats-Unis, sur fond de délocalisations et de remise en cause des acquis sociaux. La France, "patrie des droits de l'homme et de la révolution", se veut universelle, mais se trouve mal à l'aise dans la globalisation qui se façonne sous ses yeux, celle des grandes entreprises multinationales, des avancées technologiques et de la menace de normalisation culturelle. L'Occident en outre, en ce début de nouveau millénaire, n'a plus le monopole de l'histoire.
La crainte surgit alors : faire l'Europe, ne serait-ce pas défaire peu à peu la France ? L'Union Européenne serait-elle à présent vécue, non plus sur le mode projectif, mais comme un écran entre les gouvernants et les gouvernés ?
Le projet européen a visé à désamorcer les nationalismes, et pourtant, dans maints pays, le désir d'appartenance et d'identité - nationale, régionale, locale... - se renforce ou surgit à présent, tant il est vrai qu'une double aspiration se fait jour, l'aspiration à l'unité et l'aspiration à la diversité. L'Europe en outre n'a pas, ou pas encore, produit d'identité européenne, d'autant plus qu'elle est elle- même en panne de devenir.
De nombreuses questions surgissent alors. Le modèle français est-il inéluctablement voué au délitement ou peut-il se renouveler, en s'adaptant ? La France a-t-elle encore "un message" spécifique à adresser au monde ? Peut-on aussi, en lien avec nos partenaires, construire un modèle européen, distinct du modèle américain ? Qu'est-ce que l'internationalisme aujourd'hui, alors que la mondialisation, perçue davantage comme une agression que comme une chance à saisir, peut inciter au repli sur soi ?